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La danse en ligne est contagieuse

Ils sont des milliers dans notre pays à sacrifier à cet étrange rituel venu du Nouveau Monde. En costume de cow-boy, ils s’amusent comme des petits fous, tout en faisant travailler leur mémoire et leur corps.

Le béotien n’y voit souvent que du feu. Pour lui, la danse country se résume globalement à une bande de gars et de filles qui s’agite en groupe sur un air lancinant de musique Far West. La vérité est évidemment bien plus complexe. Et si des centaines de bons Suisses s’éclatent un peu partout aujourd’hui sur un fond de musique country, c’est qu’il y a une bonne raison à cela. Plusieurs, même.
«D’abord, précise Françoise Blum, alias Calamity Jane, il existe près de 30 000 chorégraphies dûment répertoriées dans le monde. Et sur tous les rythmes possibles, de la valse au rock en passant par la rumba et le tango», souligne la monitrice du club Dreamcatcher (environ 300 membres sur Fribourg et Vaud). Sur ce point – tous sont d’accord – l’exercice est excellent pour le cerveau et stimule la mémoire. Assister à une répétition de ce groupe est d’ailleurs révélateur de l’étendue de la gamme, qui passe des danses amérindiennes et mexicaines à Elvis Presley ou au groupe disco Village People et son célèbre tube YMCA. Une évolution qui ne plaît pas toujours à certains puristes, d’où de sérieuses divergences parfois entre les très nombreux clubs. Pas de quoi cependant en venir aux mains ou régler ça à coups de colts. Chacun est libre de pratiquer où il le souhaite.

Avis aux célibataires

En fait, cette diversité musicale n’a rien d’étonnant. L’Amérique s’est de tout temps nourrie des traditions des immigrés, chacun apportant avec lui les airs folkloriques de son pays. Et les chorégraphes se sont toujours adaptés aux dernières tendances. Mais alors pourquoi danser en ligne? Tout simplement parce qu’aux origines, les saloons et autres lieux de rencontre étaient surtout remplis d’hommes. Rassurez-vous: certains la pratiquent aujourd’hui quand même en couple et en groupe. Ainsi, d’une manière générale, on trouvera toujours un cavalier à sa botte...
«C’est pour ça que je suis venue ici, raconte, Muriel, 51 ans, agricultrice à Assens (VD). Si on veut danser et qu’on n’a pas de partenaire, mon mari préférant aller aux matchs de hockey, cette activité est parfaite, assure cette Parisienne d’origine, auparavant interprète de russe et japonais. Et je m’amuse comme une gamine, même si ça surprend mes enfants.» En fait, c’est ce qui est le plus étonnant: voir tous ses adultes, âgés pour la plupart entre 40 et 60 ans, heureux comme des gosses ou presque.

Mieux que l’aérobic

Même Marcel Barlocher, ancien cheminot de 75 ans, prend un plaisir fou à retrouver ses copains, à danser, voire à se déguiser en juge tout droit sorti d’un album de Lucky Luke. Il s’est mis à la danse en ligne voilà douze ans, parce qu’il a toujours aimé la musique country et les westerns. Et que dire de Pierre-André Minotti, 59 ans, gardien de prison dans la vie, qui se déguise en forçat, en ouvrier gay ou en cow-boy pour danser. «En plus, dit-il, les gouttes sur le front, c’est sacrément bon pour la coordination et pour la condition physique. Franchement, une heure de danse en ligne, ça vaut bien un cours d’aérobic.»
Et ce n’est pas Simone Steffen, 61 ans, concierge à Cossonay (VD), qui vous dira le contraire. Elle a d’autant plus chaud au sortir de la séance qu’elle a enfilé avec joie une coiffe de paysanne américaine et rembourré ses fesses pour ressembler au plus près à Ma Dalton. Contrairement à la plupart de ses camarades fascinés par les Etats-Unis, elle avoue être venue à la Western and Country sur les conseils d’un musicien d’Alain Morisod. C’était il y a trois ans. Depuis, la fièvre de l’Ouest ne l’a plus lâchée.

Tout sur la country en Suisse romande sur www.country-romandie.ch

Jean-Marc Rapaz

03.01.2011

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