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Au secours, ma mère est une Tatie Danielle!

Impossible d’évoquer un parent au caractère difficile, sans songer au personnage du film culte d’Etienne Chatiliez! Mais que faire lorsque l’un de ses proches, jusqu’ici bienveillant, se transforme en tyran? Les explications et conseils d’une spécialiste.

«Je ne reconnais plus ma mère! Elle est éternellement insatisfaite, menteuse, affabulatrice... Depuis la mort de notre père, elle a décidé qu'elle ne ferait plus rien. Elle nous dit: “Tout ce que je faisais, je le faisais pour votre père. Maintenant, je suis fatiguée, je ne ferai plus rien.” Elle ne cuisine plus, ni pour elle, ni pour personne, elle ne fait plus de ménage non plus, ne veut plus se laver. En plus, elle se plaint à ses amies que nous la délaissons et elle nous accable de reproches pour un oui ou pour un non.»
Les messages de ce genre, laissés par des enfants désemparés par le changement subit de comportement d’un parent, abondent sur internet. Tous traduisent chez leurs auteurs, un état psychique proche de l’épuisement et un profond sentiment de culpabilité. Mais quel est le facteur déclenchant qui fait d’une personne âgée, jusqu’ici douce et aimable, un véritable dictateur? «Il faut d’abord savoir que le syndrome de Tatie Danielle n’existe pas en tant qu’entité psychiatrique clinique ou diagnostique, précise la Drsse Montserrat Mendez, médecin associé au Centre ambulatoire de psychiatrie de l'âge avancé au CHUV, à Lausanne. Ensuite, être âgé n’est pas synonyme de caractère difficile. Ce phénomène ne concerne que 20 à 30% des personnes âgées. Cela dit, un changement de caractère peut aussi être le premier signe clinique de l’apparition de certaines maladies propres à l’âge avancé, comme les maladies dégénératives ou démences.»

Vieillir, une source de stress

Ces Tatie Danielle souffrent d’un trouble de la personnalité, selon la spécialiste. Au nombre de dix (lire ci-contre), ces perturbations de la constitution du caractère et du comportement débutent à la fin de l’adolescence. Il arrive que plusieurs traits dysfonctionnels du caractère deviennent plus apparents, raison pour laquelle on parle souvent de trouble mixte de la personnalité.
Au cours de sa vie, l’individu connaîtra, certes, des périodes d’exacerbation, mais aussi de rémission. Rien d’étonnant donc à ce que l’entourage ne reconnaisse plus, tout à coup, la mère ou le père qu’ils ont toujours côtoyé.
Or, la personne atteinte de troubles de la personnalité peine, généralement, à s’adapter et souffre de difficultés relationnelles. Deux éléments qui la rendent particulièrement vulnérable au stress lié à l’âge. Et les motifs de préoccupation ne manquent pas: s’adapter aux changements de son corps, faire face à l’apparition de maladies chroniques dues au vieillissement, prendre conscience que le temps restant à vivre est limité comme gérer une vie sans obligations professionnelles, vivre un deuil ou accepter de perdre son rôle social sont autant de défis à relever... et d’obstacles qui peuvent favoriser le glissement de ces personnes vers un état dépressif.

Cercle vicieux

Ce comportement despotique crée, on l’imagine volontiers, une grande tension dans les relations avec l’entourage et la famille. «Le proche peut développer lui-même des attitudes inexpliquées envers le malade, avertit la Drsse Mendez. Il peut soit tomber dans une servitude, un maternage excessif, soit éviter la personne et banaliser ses difficultés ou, à l’inverse, éprouver de la colère, de l’impuissance et un rejet.»
Survient alors un cercle vicieux où, pour que ses besoins soient satisfaits, le malade persiste et signe. «A ce moment, il est important qu’il puisse bénéficier d’une aide psychologique, recommande-t-elle. Les proches peuvent s’adresser à son médecin traitant, au centre médico-social et aussi aux professionnels en psychiatrie de l’âge avancé.»
Car si ces troubles sont souvent sous-diagnostiqués, ils se traitent à l’aide de moyens psychothérapeutiques et souvent pharmacologiques. «S’ils sont accompagnés de dépression, ils nécessitent – dans la plupart des cas – une prise en charge par un psychothérapeute spécialisé, précise-
t-elle. Il est primordial d’inclure le proche et la famille, afin de faciliter une meilleure compréhension de la nature du trouble et parfois pour expliquer pourquoi il y a une résistance au traitement ou une chronicité des symptômes. Il est aussi essentiel de mettre en place une coordination entre tous les professionnels, à l’heure de définir le plan de soins et d’adopter une ligne de conduite commune envers le malade. En effet, si un soignant à tendance à materner le malade et un autre à le rejeter, cela a pour conséquence de freiner les soins et de faciliter la chronicisation des symptômes, avec le risque que la personne malade tombe dans une dépression ou souffre alors d’anxiété.»

Sandrine Fattebert Karrab

02.08.2013

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