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Bébel, itinéraire d’un acteur gâté

Retour sur la carrière prodigieuse du Magnifique, qui souffle ses 80 bougies le 9 avril.

L’homme de Rio, Le cerveau, Le marginal… Jean-Paul Belmondo, l’un des derniers monstres sacrés du cinéma français nous fait rêver depuis... soixante ans déjà!
Ses débuts sont néanmoins difficiles. Recalé au concours du Conservatoire national supérieur d’art dramatique à Paris, il est tout juste admis comme auditeur libre, en 1951. Il passe finalement la rampe l’année suivante, après un deuxième échec. Ses professeurs ne croient pas en lui. A tort.
En 1956, le public l’acclame pour son interprétation d’un texte de Feydeau. Le jury, lui, le boude et ne lui décerne qu’un accessit, lui interdisant du même coup l'entrée à la Comédie-Française. Qu’importe! Porté en triomphe par ses camarades, il adresse un bras d'honneur au jury.
Le vedettariat ne se fait pourtant pas attendre, notamment grâce au réalisateur suisse Jean-Luc Godard, dans A bout de souffle (1960). Son goût pour le sport et les cascades qu’il réalise sans doublure le pousse toutefois vers un genre plus populaire que lui reprochera d’ailleurs plus tard la critique.

De la dérision aussi

De 1960 à 1970, Belmondo enchaîne les rôles. Il jouera dans pas moins de 34 films. Sur le tournage d’Un singe en hiver (1962), Jean Gabin, lui confie: «Môme, t’es mes vingt ans!» Cinquante ans plus tard, c’est au tour de Jean Dujardin, oscarisé pour The artist, de saluer son talent: «On a tous un Belmondo dans ses souvenirs», déclare-t-il, en évoquant le choc qu'il a ressenti, à l'âge de 14 ans, en découvrant Le magnifique.
Dans cette satire des James Bond, l’acteur campe avec désinvolture le personnage de roman Bob Sinclar, un agent secret sûr de lui («Ne craignez rien, mon petit: je suis là!»), à qui tout réussit (ou presque) et celui de son créateur François Merlin, un écrivain de seconde catégorie, empêtré dans son quotidien. Un pur bijou de dérision, précurseur des OSS 117 (Le Caire, nid d'espions et Rio ne répond plus), interprétés par le même Dujardin.
Mais retour aux années septante, où la popularité de Bébel est à son apogée. Dans les cours de récré, son côté hâbleur et son courage séduisent les plus jeunes qui rêvent, là aussi, de pouvoir s’envoler comme lui dans les airs (Peur sur la ville, 1975), accroché à un hélicoptère!

Premier échec

Le solitaire (1987) est le polar de trop, de son propre aveu, le premier de «ses» films qui ne franchit pas le cap du million de spectateurs depuis 1963. Mais tel les héros qu’il incarne à l’écran, Bébel rebondit avec Itinéraire d’un enfant gâté (1988), qui lui vaut le César du meilleur acteur l’année suivante. L’homme refuse pourtant la récompense, pour des questions de brouilles entre César et son père, tous deux sculpteurs.
Il remonte alors sur les planches pour incarner Cyrano, dont l’interprétation enflamme le public, notamment celui du Théâtre de Beaulieu à Lausanne, en 1990.
Mais le comédien aux 130 millions de spectateurs se fait désormais plus rare. En 2001, un accident cardio-vasculaire cérébral le terrasse et malgré de longs mois de rééducation, il ne retrouve pas complètement sa verve légendaire. Son goût de la vie, lui, est intact. Et comme l’a si bien dit l’acteur Albert Dupontel: «Quoi qu’il arrive, il se débrouillera jusqu’au bout pour être heureux!» C’est le pire qu’on lui souhaite!

Sandrine Fattebert Karrab

30.04.2013

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